Il y a des soirées où Kervaric se transforme en théâtre à suspense, et celle d’hier soir en faisait clairement partie. Le CEP Lorient recevait l’Aurore Vitré pour un derby breton qui, sur le papier, promettait intensité, tension et quelques palpitations. Sur le parquet, l’intensité a mis un peu de temps à arriver, mais les palpitations, elles, n’ont pas manqué. Entre maladresse, malchance, coups de chaud, coups de froid, et un dernier quart-temps totalement renversant, les Lorientais ont offert un scénario que peu auraient imaginé après trois périodes compliquées. Et pourtant, ils l’ont fait : reprendre un match qui semblait leur échapper.
Le début de rencontre donne le ton : une défense lorientaise attentive, concentrée, bien organisée, mais une attaque qui peine à trouver son rythme. Les tirs manquent de précision, ressortent du cercle ou glissent sur l’arceau comme si le panier refusait de coopérer. Résultat, après un premier quart-temps encourageant mais pas flamboyant, Vitré revient, dépasse, et commence à installer son basket. Lorient, physiquement présent, ne lâche rien, mais l’adresse reste en retrait. Pendant ce temps, Vitré déroule, accélère, et prend logiquement le large dans le deuxième puis le troisième quart-temps. Le public, pourtant bien réveillé, attend un sursaut qui ne vient pas. À la fin du troisième acte, Lorient accuse dix points de retard, et la salle commence à se dire que la soirée va être longue.
Mais le CEP a une qualité : il ne perd jamais le fil. Grâce à la profondeur de son banc, à des joueurs interchangeables qui tiennent le rythme, et à une présence physique constante, Lorient reste dans son schéma de jeu. L’absence de Kevin se fait sentir, mais pas au point de tout faire s’écrouler. Et puis arrive ce fameux dernier quart-temps, celui où Vitré, après avoir lutté farouchement pendant trente minutes, commence à marquer le pas. La fatigue s’installe, les failles apparaissent, et Lorient, patient, finit par bondir. L’adresse revient au meilleur moment : les tirs tombent, les choix sont justes, et la salle se réveille d’un coup. Fidelis, rassurant et efficace sous les panneaux, s’offre le lead au scoring et donne le ton. La domination aux rebonds (43 contre 27) devient un facteur déterminant : Lorient contrôle les ballons, impose le rythme, et étouffe progressivement son adversaire. Aux lancers francs, le CEP affiche une belle concentration avec 75 % de réussite, mieux que lors du précédent match à domicile. Petit à petit, l’écart fond, puis s’inverse, puis se creuse. Le CEP inverse totalement le score, écrase la fin de match, et s’impose dans un scénario complètement fou. Oui, nous avons eu peur. Mais non, ils n’ont jamais abandonné.
Côté interviews, les joueurs et le coach ont livré une lecture lucide du match. Adrien Sclear souligne une première mi-temps défensive cohérente mais une attaque en difficulté, expliquant le retard accumulé avant le dernier quart-temps. Selon lui, le défi physique imposé tout au long du match a fini par user Vitré, permettant à Lorient d’exploiter les failles adverses au moment opportun. Interrogé sur la capacité de l’équipe à tenir 40 minutes, Maxime Choplin insiste sur la frustration des trois premiers quart-temps, mais aussi sur le respect du plan de jeu et la volonté de produire des performances plus abouties à domicile. Il rappelle que le début de saison demande des ajustements, notamment pour compenser les blessures. Enfin, Thomas Le Roux, passé par toutes les émotions, reconnaît que Vitré a fait un match complet et que la profondeur du banc lorientais a été déterminante. Il admet que ce match ne sera pas une référence, mais qu’il offre de précieux enseignements : jouer plus libéré, éviter de se mettre trop de pression, et apprendre à dérouler le jeu sur 40 minutes. Bordeaux arrive vendredi, motivé et galvanisé, et le CEP devra s’appuyer sur cette victoire pour progresser encore.
En conclusion, Lorient a joué à se faire peur, mais a prouvé qu’il ne fallait jamais l’enterrer trop vite. Le cœur, la patience et la profondeur de banc ont fait la différence. Maintenant, place à la suite : apprendre, corriger, et continuer à faire vibrer Kervaric.
Score par période : 16-21, 18-15, 23-21, 23-6
Evaluations collectives 82 / 59
